SMart BE
Portrait de Benjamin Ottoz

Ma pratique veut se situer « entre », à l’endroit des frontières, là où les choses sont incertaines, ambiguës ; là où les mots n’ont que des détours à prendre. Produire des objets, des images, comme des espaces potentiels, propices à un surgissement. En m’imprégnant d’un milieu, d’un contexte, je rumine les références, les images, l’histoire pour construire des formes. Cette posture, cette attitude définit à ce jour une pratique plastique hétéroclite, indisciplinée ; au sens où elle ne s’attache pas à un médium, à une manière ou à un style. Il y aurait plutôt, des « chantiers ». J’entends par là des zones de réflexions, de construction ou quelque chose à un moment donné prend forme, se cristallise pour entrer en résonance et s’exposer. 

Le projet Serendipity a émergé dans un rapport à l’atelier, dans la relation quotidienne à cet espace, lieu d’expérimentation et d’exploration. La notion de sérendipité est apparue pour nommer un moment d’atelier, une apparition, un surgissement. La sérendipité est originellement le fait de réaliser une découverte de façon inattendue, accidentelle ou à la suite d’un concours de circonstances.

Ainsi, dans l’atelier, alors que je peignais une sculpture à la bombe, de la peinture pulvérisée s’est déposée à la surface d’un papier froissé, un déchet qui traînait dans un coin. Plus tard, en rangeant l’espace de travail, je retrouve ce morceau de papier, le défroisse, puis le maroufle au mur pour l’observer. Quelque chose était apparue. Une trace, une empreinte, que la peinture avait révélée en se déposant accidentellement à la surface du support. Un spectre, un «ça a été», une image ? Quelque chose était là, quelque chose qui me surprenait, me dépassait, et allait devenir l’objet principal de mes préoccupations plastiques.

À mesure que je retravaille cet accident, ce surgissement, j’entrevois un territoire à explorer, dans les plis et la peinture, par le papier. Et devant moi se dresse alors ce que j’appelle chantier. Un chantier baroque, aux frontières du pictural, du sculptural et du photographique. Ces «images-empreintes» ou «images-spectrales» naissent du papier, elles sont issues du support même, elles surgissent dans un principe d’immanence. Elles sont la trace, l’impression picturale d’un état antérieur du papier. Dans les plis et les replis de la matière surgissent des réminiscences qui sont des échos à d’autres référents : de la roche, les remous de l’eau, des drapés, des vagues, des visages, paysages utopiques. Morceaux de peintures, détails, fragments empruntés à l’histoire de l’art, pour entraîner le regard vers d’autres lectures. Serendipity est un cheminement et une attitude ; une attention portée à l’endroit de ce qui surgit, de ce qui advient. Une réflexion sur l’acte de création et le nom d’un travail qui me porte depuis plusieurs années.

Sérendipity veut engager un dialogue avec l’histoire de l’art et tout particulièrement avec l’histoire de la peinture : la tradition du trompe-l’œil, le mouvement baroque et la notion transhistorique développée par G.Deleuze dans « Le pli, Leibniz et le baroque». La peinture de Simon Hantai, le mouvement support-surface, mais aussi et plus largement le domaine des sciences dites dures, chimie, physique, géologie, géographie.

Discipline: 
Peinture
Sérigraphie
Creative Spot: 
Date arrivée: 
Lundi, 11 Juillet, 2016

Historique

Membre depuis
1 année 3 mois